Ramadan : le mois de la nervosité exagérée !

Crédit photo: LM Photography

« C’est parce que je suis en carême hein, sinon je n’allais pas te rater », « c’est comme ça vous faites pour gâter carême des gens », « reviens à 18h, pour le moment, je ne peux pas te répondre je suis en carême. Tchrrr » … Ce sont des phrases qu’on entend à tous les coups à Abidjan pendant le mois de carême.

 

Le 27 mai, quand j’ai appris que c’était la date du début du jeûne du ramadan, j’ai compris…
J’ai compris que c’était déjà le moment de se préparer au crachat dans la rue, à la mauvaise humeur des commerçantes musulmanes mais aussi et surtout au courroux des apprentis de gbaka.

Je suis en carême, il ne faut pas me « provoquer »

Dire qu’on est en carême parce qu’on ne veut pas mal parler à quelqu’un, ce n’est pas déjà avoir gâté son carême ?
Economiser ce qu’on a sur le cœur et attendre 18h, l’heure de la coupure du carême, pour cracher son venin ce n’est pas gâcher son carême ?

Au petit marché de lièvre, un quartier de la commune de Yopougon à Abidjan, j’ai eu droit à mon clash avec une commerçante. Le pourquoi ? J’ai osé demander le prix de ses ingrédients et je ne les ai pas achetés. Je ne les ai pas pris parce que pour le prix, je trouvais la quantité minime et surtout, les ingrédients n’étaient en bon état.

Hola, je n’aurais pas dû, car même mes ancêtres ont été réveillé. J’ai eu le droit à tous les mots mais sans injures, s’il vous plait : elle est en carême donc peut pas insulter. « Ma chérie, quand tu sais que tu ne vas pas payer ne dérange pas les gens. Vous êtes là juste pour énerver et faire parler les gens, je suis en carême, il ne faut pas me provoquer pour gâter mon carême ».

Bref mes aubergines je les ai achetées à une autre table.

La période fatidique

Il y a des règles et des horaires à respecter si tu ne veux pas subir le courroux d’un commerçant, d’un apprenti de gbaka ou même de certains musulmans.

Le matin pas de problème, ils sont tout souriants. Ils ont réveillé tout le quartier avec le bruit des marmites et ont mangé à 4h30.

A midi, ça va toujours, tu peux même l’injurier s’il y a problème, il te dira « que Dieu te bénisse ». Mais à partir de 15h 30 ou 16 h, un conseil : évite de provoquer l’un d’entre-deux.

L’apprenti gbaka, ça sera « Ma vielle mère. C’est à cause d’Allah et paiiié (parce que) je suis en carême sinon wallaye. Wallaye non… (silence) puis (soupir) ».

Si, dans l’intervalle de 15h30 jusqu’à la coupure du jeûne, tu as commis l’erreur, même sans le faire exprès, de piétiner ou d’effleurer un musulman. Le regard de tueur qui te sera lancé…  non de Dieu !

Rendez-vous à 18h

Alors il y a ceux qui cèdent en t’injuriant, ceux qui te lancent un regard de tueur et il y a ceux qui prennent rendez-vous à partir de 18h, c’est-à-dire à la rupture.
Tu leur dis un truc qu’ils n’aiment pas ? Leur réponse : « Redis-moi ça à 18h, sinon repasse me voir à 18h, tu vas regretter de m’avoir dit ça ».

J’avoue, je prends plaisir à embêter certaines de mes connaissances pendant la période du jeûne. Parmi elles, il y en a une qui ne réagit jamais jusqu’à ce que 18h sonne. Dès qu’arrive 18h, chacun de mes mots a une réponse.
Mais vous savez, au-delà de la mauvaise humeur des commerçants, des apprentis gbaka, de certains musulmans et surtout des marres de crachats partout dans la ville, le mois de ramadan est vraiment un mois de partage.

Chaque année, en fonction de la zone et du lieu où je suis pendant le mois de carême, je repère l’endroit où il y a coupure groupée et générale du jeûne pour aller y manger. Oui, je suis chrétienne et je ne jeûne pas, mais j’ai toujours droit à mon repas de coupure de jeûne !

En tout cas, je suis heureuse que le carême commence. Plus vite ça commence et plus vite le jour de la fête approche, et surtout plus vit les gens seront moins nerveux.

 

 

Apprenti de gbaka:  Apprenti de Mini-Car en commun. C’est l’étape indispensable avant d’être chauffeur de Gbaka. La particularité (de la majorité)des apprentis gbaka: ils sont(très) impolis, pas très propres, parlent tnouchis (jargon ivoirien) et sont toujours accrochés à la portière des minis cars.