Ma première fois de l’autre côté

Par Designed4Art

De parents séparés depuis ma naissance, j’ai vécu la moitié de ma vie avec ma mère. Quand j’étais en maternelle et CP1 je me rappelle que je vivais juste avec ma mère, dans de très bonnes conditions. J’étais toujours sapée quand j’allais à l’école et dans mon sac à dos, j’avais tout ce qu’il me fallait pour survivre et vivre ma journée de classe et parfois bien plus.

 

Mon CP2, je l’ai fais chez mon oncle. Entre temps ma mère se marie à un homme super gentil. Je l’adorais mon nouveau papa. Je l’appelais papa Yacint (johacinte pour les adultes). Je reviens m’installer avec eux pour la suite de mon cursus. On vivait bien, et heureux. En plus mon nouveau papa cédait à tous mes caprices, il faisait tout ce que je voulais. Même quand ma petite sœur, sa fille biologique naît, je gardais ma place de petite reine de la maison. Je n’avais besoin de rien d’autre, ma vie était belle. En CM1, je pars en vacances chez ma grand-mère, la mère de mon père (le biologique). A mon retour j’apprends (je l’avais su mais je ne réalisais pas) que mon papa Yacint n’était plus. J’étais dévastée.


Nouveau départ

 

En Afrique, quand un mari meurt sa femme est généralement dépossédée de presque tout par la famille du mari. Ma mère n’a pas été l’exception même si elle a sauvé pas mal de chose. Maman avait du mal à assumer toute seule les charges de la maison, alors, on a quitté le 2 pièces dans lequel on vivait pour rejoindre la famille de maman qui vivait dans un quartier pas trop loin. La grande sœur de ma mère avait deux cours, une mise en location, et une autre « familiale » dans un bidonville dans la commune de Port-Bouët. J’allais dans une école publique. C’est vrai que vivre en famille allégeait ses dépenses, mais maman continuait à bosser comme une dingue et à assurer. C’est une super woman ma mère.

Heureuse, je l’étais, bien que mon papa yacint n’était plus. Sauf que maintenant quand je faisais une bêtise, il n’y avait personne pour me protéger de la colère de maman. Je me faisais tabasser de malade.

Ma première rencontre avec la vie de l’autre côté

 

En CM2, on recevait la visite de la femme de papa (le biologique). Elle proposait à ma mère que je vienne m’installer avec eux (mon père, sa fille et elle) après mon entrée en 6ème. En attendant, je devais aller passer les congés de Noël avec eux. Les congés de Noël arrivé, j’allais chez mon père. L’appartement où ils vivaient n’a rien d’extra mais c’est différent d’où je viens.

 

Un jour ma nouvelle petite sœur insistait  pour manger une glace. Je me rappelle que j’étais choquée. Dans ma tête, il se passait :  » Elle veut manger une glace ? Sérieux ? Et on doit l’acheter ? Mais qu’elle ouvre le frigo et prenne des glaçons pour croquer ». Je ne savais pas ce que c’était qu’une glace. Sa mère, enfin notre mère, a fini par céder. On allait donc  dans un glacier, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je faisais tout comme Rolande qui avait 6 ans. Je me retrouve avec une glace à la vanille. Je ne sais pas si c’était vraiment la première fois que j’en mangeais mais j’ai kiffé. Mais bon, d’où je viens on a son équivalent, qui coûte 25fr au lieu de 500fr mais il est moins bon et goûteux. On ne mangeait pas que les sauces dans ma nouvelle maison, il nous arrivait de manger de la salade, des grillades… des trucs de choco quoi. Mais bon ce sont des plats que j’avais déjà mangé.

 

2 jours après, on va à Sococé, l’un des plus grand hyper marché à l’époque. J’avais pris, je me rappelle, une seule fois un ascenseur dans ma vie. A 10 ans, je voyais pour la première fois une fontaine d’eau et un escalier roulant. Mais diantre comme j’ai flippé sur l’escalier. L’ascenseur, j’avais toujours aussi peur d’être dedans, j’ai donc refusé d’y remonter. J’avais compris que de ce côté, on appelait le bon maïs, popcorn et il coûtait cher. J’avais l’impression que tout coûtait chère de ce côté.

 

Après ma nouvelle maman, nous a envoyé jouer dans la salle de jeu de la sococé. Mon Dieu, je ne savais pas qu’un univers pareil existait. Tous les jeux que je voyais à la télévision et dans mes films étaient là et en plus en géant (c’est l’impression que j’avais à l’époque). Toboggan géant, balançoire géante, piscine de boules… bref tout. Chaque fois que j’étais dans le toboggan je voyais ma vie défiler et je criais comme une malade. Les autres enfants étaient habitués et me regardaient donc comme une folle. Si, eux aussi ils criaient, mais c’était plus des cris de kiffe que de terreur comme moi. Dire que j’ai failli être recalé à la porte parce qu’il avait l’impression que j’étais trop grande pour les jeux . En plus, j’étais la plus vielle dans la salle. Les enfants dans la salle de jeu faisaient leurs sales gamins et leurs nounous ou maman ne réagissaient pas. Je pensais intérieurement à la raclée que ma mère m’aurait mise si elle m’avait vu faire ça. J’ai vécu pendant mes congés des choses dont je ne connaissais l’existence que dans des films.

 

Retour à ma vie

 

Après mes congés, je retournais dans mon bidonville chéri. Je racontais tout ce que j’y ai vécu à mes amis. J’étais contente d’être de retour parce que je pouvais recommencer à jouer aux billes avec les garçons, à allez au vidéo club ou louer les CD pour les voir à la maison, faire la cuisinière, me battre au caca sport, manger tout et n’importe quoi…Cependant, avec ce que je venais de vivre, j’ai réalisé qu’il y avait une vie, et un monde aussi beau sinon plus beau que celui dans lequel j’étais. J’ai commencé à avoir des ambitions, des vraies. J’ai commencé à rêver et à voir grand. Après mon Cèpe (entrée en sixième) je rejoins papa.

 

Ma nouvelle vie

 

J’ai commencé à fréquenter une école privée (bon il parait qu’elle est semi) l’école coûtait chère pour moi. Il y avait beaucoup d’enfant de familles huppées. Ma famille n’avait pas autant les moyens, mais on avait le nécessaire, l’indispensable et on avait même droit à des plaisirs et quelques sortie en extra.

Après la crise de 2011, les choses ont bien changé pour nous. Papa appartenait au mauvais parti politique, celui déchu. Ah, la vie n’a pas été simple encore moins pendant et après la crise. J’arrivais à gérer parce que j’avais déjà vécu tout ça.

La première crise en 2002 était beaucoup plus accentuée à Port-Bouët, pas loin d’où je vivais avec ma mère et pour les autres galères occasionnées par la crise je la vivais au quotidien là-bas. Je connais  le meilleur et le pire des 2 mondes. Grâce à ça je suis « indestructible » aujourd’hui et personne ne peut imposer de limites à mes rêves. Mais pour avoir ces rêves et croire autant qu’ils sont réalisables, il a fallu ma première fois de l’autre côté de la barrière.

 

 

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lagozi
Je suis Guiza Sonia Mariette Damour . J'ai une licence en journalisme et je suis blogueuse (cinéma ) depuis 2 ans. Je suis ivoirienne et passionnée de cinéma. A travers mes écrits ,je souhaite valoriser la culture de mon pays , de mon continent et surtout rehausser le cinéma ivoirien . J’essaie depuis 2 ans à travers mon blog de booster le cinéma ivoirien et de l'aider à s'améliorer. La culture est super importante pour moi. Un pont culturel est à reconstruire en Afrique et surtout en Côte d'Ivoire qui est riche de sa diversité ethnique. Alors à travers mon mondoblog vous lirez des articles de cinéma évidemment et aussi des articles sur la culture de "chez moi". Je vous ferai découvrir des endroits et voyager dans mon univers. Avec ma plume légère, franche et mon humour particulier je vous ferai entrer dans un univers de découvertes. Les trois hashtags qui me définissent le mieux sont: #Cinéma, #Culture et #Cinéma

7 thoughts on “Ma première fois de l’autre côté”

  1. Alexandra dit :

    Troublant d’intensité. J’ai aimé voyagé avec toi et avec tant de sincérité. Merci de nous avoir tant donné Presi!!! Beau texte. Et ça t’a certainement grandi d’avoir vécu cela…

  2. J’ai aimé ta sincérité dans ce texte. Tu t’es dévoilée et Dieu sait qu’il y a des parties de notre enfance dont on ne veut pas parler. Bravo et vraiment je crois que ces expériences inattendues pour toi ont enrichi la personne que tu es devenue aujourd’hui. Bravo encore « Prési » et merci de rester comme tu es…

    • lagozi lagozi dit :

      Merci Alex!
      Ça été dur d’écrire cet article, j’avoue mais bon.
      Merci d’être dans ma vie aussi ministre des finances

    • lagozi lagozi dit :

      Merci Lexy. J’avoue que ça été difficile d’écrire cet article mais bon je ne savais pas trop sur quoi écrire. J’attends le tien.

      En tout cas merci de me supporté et d’être dans ma vie

  3. Amadou Amadou dit :

    Beaucoup de sincérité. Des histoires comme celle-ci sont nombreuses, mais rares sont ceux qui osent en parler.

  4. Sodin dit :

    J’ai été ravi de vous lire, c’est émouvant et plaisant de découvrir une vie comme la vôtre. Et surtout le sentiment que cela vous a forgé me donne satisfaction.
    On prends plaisir à lire l’article et voir la suite après chaque ligne.
    Chapeau à vous, et j’espère que vous aurez la chance de faire vivre cette vie de l’autre côté à votre brave mère et vos futurs enfants. Pour vous même, c’est un impératif .

    Bonne continuation et du courage…

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